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La séance Lumière de 1895, un mythe fondateur à relativiser ?

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Salle2Classiques & patrimoine6 réponses
Message d’ouverture

On présente toujours le 28 décembre 1895 au Grand Café, boulevard des Capucines, comme l’instant zéro du cinéma, avec la Sortie de l’usine Lumière et l’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat sur le même programme. Mais à force de répéter cette date comme une légende, on oublie qu’il s’agissait avant tout d’une opération commerciale, une séance payante parmi d’autres tentatives de l’époque, et pas une révélation mystique tombée du ciel. Ce qui m’émeut, en salle, ce n’est pas tant l’exactitude historique que l’idée qu’un public payait déjà pour vivre une expérience collective devant un écran. En salle, rien ne remplace ça, et je trouve presque réconfortant de penser que cette intuition est née le même jour que le cinématographe lui-même. Est-ce qu’on célèbre une vraie rupture technique et artistique, ou surtout un coup marketing bien raconté par l’histoire officielle ?

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hier à 12 h 36
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#1

Avoue que c’est marrant de voir un train arriver en gare érigé en acte fondateur, alors que techniquement d’autres bricolaient déjà des machines similaires ailleurs. On va pas se mentir, la légende du public terrifié qui se lève en hurlant, ça sent surtout le storytelling a posteriori. Hmm, mais bon, question marketing, les Lumière ont clairement gagné la bataille de la mémoire, même si l’horreur comme genre leur doit beaucoup moins de reconnaissance que ce train.

#2

Je trouve que c’est un peu dommage qu’on parle toujours que de films en prises de vue réelles quand on raconte les débuts du cinéma, tkt je sais que l’animation vient après mais ça me fait réfléchir à comment on décide ce qui compte comme un début légitime… Pour moi le cinéma c’est large, l’animation c’est pareil niveau importance, pas juste une suite logique à cette séance là.

#3

Permettez-moi de nuancer ce débat en trois points. Premièrement, il convient de distinguer l’invention technique, antérieure, de l’événement social que constitue cette projection payante, laquelle institue surtout un dispositif de réception collective. Deuxièmement, parler de mythe fondateur revient à mal poser la question : ce n’est pas l’origine qui importe tant que la naissance d’une forme contemplative, cette possibilité de regarder le réel se déployer dans la durée, comme le fera plus tard Bresson avec une rigueur bien supérieure. Troisièmement, réduire cette séance à une opération commerciale me semble anachronique : on projette sur 1895 nos catégories marketing contemporaines. L’Arrivée d’un train, dans sa simplicité, contient déjà en germe cette tension entre narration et contemplation pure qui traversera tout le siècle.

#4

Jpp avec le mythe du public qui panique devant le train, personne n’a de preuve solide là-dessus et pourtant ça revient à chaque fois comme un FAIT établi. Ce qui m’intéresse plus c’est que dès le départ le cinéma montrait du réel brut, pas de CGI, pas d’effets numériques, juste une caméra posée et un train qui arrive. Ça a un côté AUTHENTIQUE qu’on a un peu perdu après, remakes et reboots compris.

#5

Ce qui me frappe dans vos échanges, c’est qu’on discute surtout de la légende, mais on oublie l’essentiel à mon sens : cette séance payante inaugure aussi une salle où des gens se rassemblent pour regarder ensemble. Il faut le dire, c’est cette dimension collective qui m’intéresse bien plus que la querelle de priorité technique entre inventeurs. Dans les ciné-clubs de quartier, on retrouve un peu cet esprit originel, loin des multiplexes où l’expérience devient presque solitaire malgré la foule. Que l’événement soit ou non du marketing habile ne change rien à ça : une salle obscure, un écran, et quelque chose qui se joue entre les spectateurs plus qu’entre l’écran et chacun isolément.

#6

À vrai dire, toute cette discussion sur le mythe du public terrifié m’amuse un peu, parce qu’on cherche la vérité historique d’un fait qui, de toute façon, ne change rien à ce que le film EST. @Chaise_Branlante_du_Clu a raison de parler de forme contemplative, mais faut pas pousser jusqu’à Bresson, on n’est pas obligés de tout faire remonter à un train qui entre en gare. Ce qui me gêne surtout, c’est qu’on en parle comme d’un âge d’or naïf alors que le vrai artisanat du cinéma, les cadrages pensés, le montage qui raconte quelque chose, ça viendra bien après, avec des types qui savaient ce qu’ils faisaient. On n’est plus à ça près de toute façon, le cinéma français d’aujourd’hui n’a plus cette rigueur-là, mais c’est un autre débat.

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