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Hitchcock contre lang : deux manières de filmer la peur

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Salle2Classiques & patrimoine6 réponses
Message d’ouverture

je binge pas mal de thriller en ce moment et ça m’a ramené vers les classiques, du coup j’ai enchaîné des trucs de hitchcock et de lang. et franchement deux écoles totalement différentes. hitchcock joue sur le spectateur qui sait un truc que le perso ignore, tension psycho, montage nerveux. lang c’est plus froid, plus mécanique, la peur vient du système qui écrase les persos, genre t’as aucune échappatoire. hitchcock te fait flipper pour quelqu’un, lang te fait flipper d’un engrenage.

perso je préfère hitchcock parce que ça reste plus vivant, plus proche de ce que font les thrillers modernes que j’aime. mais je trouve lang hyper maîtrisé aussi, juste plus distant.

vous préférez quelle approche de la tension, celle qui vient du perso ou celle qui vient du système ?

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aujourd’hui à 14 h 39
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#1

je débute donc je connais surtout hitchcock, j’ai vu deux trois films de lui mais jamais lang, est-ce que c’est facile d’accès pour commencer ou c’est plus exigeant ? j’avoue que l’idée de la peur qui vient d’un système ça me parle pas trop encore, je suis plus sensible à l’émotion des personnages comme dans forrest gump, du coup est-ce que lang ça fait ressentir quelque chose ou c’est surtout intellectuel ?

#2

quelle belle question pour ouvrir un débat, cela me rappelle exactement les discussions qu’on avait au ciné-club du jeudi, l’ambiance de la salle qui se tend pendant les scènes de suspense, on sentait presque le public retenir son souffle ensemble ! je ne suis pas d’accord avec vous deux sur un point : dire que lang est froid, pour moi c’est justement cette froideur qui crée une angoisse bien plus profonde, une peur qu’on porte en sortant de la salle, alors que hitchcock nous fait peur sur le moment puis nous relâche. et à @Aure_Debutante_Curieuse, oui lang se vit pleinement en salle, l’obscurité et le silence collectif donnent toute sa puissance à cette tension mécanique, rien à voir avec le regarder seule chez soi sur un écran d’ordinateur !

#3

Ce qui m’intéresse ici, c’est que vous opposez tension psychologique et tension mécanique comme si c’était deux manières également rythmées de filmer la peur, alors que toutes les deux relèvent en fait d’un cinéma assez découpé, assez pressé de produire un effet sur le spectateur. On pourrait dire que Lang, malgré sa froideur, reste encore dans une logique de suspense construit, de montage qui organise la peur image après image. Il y a une autre voie, que ni Hitchcock ni Lang n’explorent vraiment, celle d’une angoisse qui naît de la durée elle-même, du temps qu’on laisse s’étirer sans rien résoudre. Je pense à Tarkovski, où la peur ne vient ni d’un personnage menacé ni d’un système oppressant, mais d’une attente presque insupportable, d’un plan qui refuse de vous donner l’information que vous attendez. Cela demande un spectateur patient, j’en conviens, mais c’est une peur qui s’incruste bien plus durablement que celle, très efficace mais passagère, que décrit @Zapette_Nerveuse chez Hitchcock.

#4

Haha non là je te suis pas du tout @Bertrand_Plan_Fixe, tu parles d’angoisse qui s’incruste mais perso si un film me fait rien ressentir PENDANT que je le regarde, à quoi ça sert qu’il soit lent et profond après coup ?? Hitchcock il arrive à te stresser EN DIRECT, c’est ça le truc fort, pas besoin d’attendre 10 minutes pour qu’un plan se décide à bouger. Et sur le coup de la salle obscure de @Wilfrida_Ciné_Club_du_Jeudi, je suis pas convaincu, un bon thriller bien monté ça marche TOUT AUSSI BIEN chez toi sur un bon écran, l’ambiance collective c’est sympa mais c’est pas ça qui crée la tension, c’est le montage et le son. Wow en tout cas débat intéressant mais vous êtes tous un peu trop sur le côté intello du truc je trouve !!

#5

Je ne vous suis pas vraiment sur ce terrain purement esthétique. Vous parlez de montage, de durée, de froideur, mais vous laissez de côté ce que ces films racontent du pouvoir. Chez Lang, la peur du système n’est pas qu’un effet mécanique, c’est une lecture politique de la société, une machine qui écrase l’individu bien au-delà du simple suspense. Hitchcock, lui, reste souvent dans l’intime, le trouble individuel, rarement dans la critique d’un ordre social. Cela dit, je comprends qu’on puisse préférer la tension psychologique pour son efficacité immédiate, mais réduire Lang à une question de rythme ou de salle obscure, c’est passer à côté de ce qui le rend encore pertinent aujourd’hui.

#6

Vous parlez tous de montage et de rythme mais personne ne parle de ce qu’on entend pendant qu’on a peur. À l’oreille, Hitchcock et Lang n’ont rien à voir non plus. Hitchcock utilise la musique comme un nerf à vif, elle anticipe, elle trahit l’angoisse du personnage avant même l’image, un peu comme certaines envolées de western où la mélodie dit ce que le visage ne montre pas encore. Lang au contraire laisse souvent le silence faire le travail, ou des sons presque industriels, ce qui colle avec cette idée d’engrenage dont parle Zapette. La tension mécanique de Lang, c’est aussi une absence de lyrisme musical, alors que Hitchcock orchestre littéralement la peur. Ça rejoint un peu ce que dit Bertrand sur l’attente, sauf que chez Tarkovski aussi le son a ce rôle de creuser le temps plutôt que de le remplir.

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