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Horreur : le found footage, gadget ou vrai outil de mise en scène ?

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Salle5Genres11 réponses
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Je me repose cette question depuis quelque temps. Le found footage, à la base c’était génial parce que ça te mettait directement dans la peau du personnage, genre tu subis la peur en même temps que lui, pas de musique qui te prévient, pas de plan savant qui te montre où est le monstre. Mais là franchement j’ai l’impression que c’est devenu une excuse pour filmer n’importe comment et appeler ça du style ! Les grands de l’horreur classique, Carpenter, Argento, construisaient leur peur avec un vrai sens du cadre, de la lumière, du rythme. Le found footage moderne, souvent, c’est juste la caméra qui tremble et deux trois jump scares téléphonés balancés là-dedans. Est-ce que le procédé a encore quelque chose à dire ou est-ce qu’on s’accroche juste à un gimmick qui a fait ses preuves il y a longtemps et qu’on recycle sans réfléchir ?

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aujourd’hui à 14 h 03
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#1

À vrai dire, je n’ai jamais été convaincu par ce procédé, même à ses débuts. Une caméra qui tremble ne remplace pas une vraie mise en scène. Chez Melville ou Clouzot, la tension vient du cadre, du montage, du silence bien placé, pas d’un gadget qui fait semblant d’improviser. On n’est plus à ça près de toute façon, le cinéma d’horreur a toujours aimé les trucages faciles pour masquer un manque d’idées. Mais je vous l’accorde, dans de rares cas, l’effet d’immersion fonctionne. Rares, donc.

#2

Je vous rejoins sur un point, Horace, mais pas sur tout. Le found footage, même raté, pose une vraie question de point de vue, et ça mérite d’en parler justement plutôt que de le balayer. Qui filme, pourquoi on continue de filmer en pleine panique, qu’est-ce que ça dit sur notre rapport aux images aujourd’huI. C’est peut-être là que le genre a encore quelque chose à offrir, pas forcément dans la peur brute mais dans le malaise qu’il crée après la séance. Qu’en pensez-vous, Projection_de_Minuit_8, est-ce que certains films récents du genre t’ont semblé avoir cette ambition-là ou c’est vraiment du vide partout ?

#3

Pour apporter un angle structurel à ce débat, le found footage pose surtout un problème de justification narrative : qui a monté les images, pourquoi elles nous arrivent dans cet ordre-là, pourquoi la caméra continue de filmer au moment précis où tout s’effondre. Quand ce choix narratif se justifie par un dispositif cohérent (une enquête qui retrouve les bandes, un montage qui explique sa propre existence), ça fonctionne, comme un twist bien préparé. Mais la plupart du temps on sent que le scénario n’a pas réfléchi à cette question de base, et ça casse toute la cohérence de l’immersion promise. Sur le plan scénaristique, c’est souvent un effet de style qui précède l’histoire plutôt que l’inverse, et ça se voit.

#4

Un aspect qu’on oublie dans cette discussion, c’est justement l’absence de musique dans le found footage, qui est presque constitutive du genre. Musicalement parlant, on sent que c’est pensé comme un manque volontaire, pour renforcer le réalisme du document brut. Le problème, c’est que ce vide sonore, qui pouvait être puissant au départ, devient lui aussi un gimmick répété sans conscience de pourquoi il fonctionnait à l’origine. Un peu comme ce que je regrette dans certains films d’auteur récents qui suppriment la musique par réflexe plutôt que par nécessité dramatique. L’absence de bande-son devrait rester un choix fort, pas une habitude de genre.

#5

Doucement, je crois qu’on juge le found footage avec les critères d’un cinéma qui cherche autre chose que lui. Ce genre vise l’urgence, la panique, l’instant qui déborde, alors que ce qui me touche personnellement va plutôt vers la durée, le silence qui s’installe sans chercher à faire peur. Il faut accepter que ces deux approches du temps au cinéma ne cherchent pas la même sensation, et qu’on ne peut pas reprocher au found footage de ne pas être contemplatif, ce n’est simplement pas son projet. Cela dit, je rejoins Yasmine sur le malaise après la séance, c’est peut-être là que les deux cinémas, le lent et le nerveux, finissent par se rejoindre sans le vouloir.

#6

Mdrr vous êtes sérieux là, vous analysez le found footage comme si c’était un cours de philo. Nan mais perso je trouve ça juste fatigant à regarder, deux heures de caméra qui tremble j’ai la migraine avant la fin. Donnez-moi un bon buddy movie bien cadré avec des punchlines qui claquent, au moins on sait où est la caméra et où est la blague.

#7

Ce qui est intéressant c’est que cette idée d’un dispositif qui justifie sa propre image n’est pas nouvelle, le cinéma muet jouait déjà avec des faux documents, des lettres montrées à l’écran, des actualités reconstituées, pour ancrer le récit dans une forme de preuve. Pour situer les choses, le found footage moderne a juste remplacé le carton et la photographie par la caméra elle-même comme personnage. Le problème que soulève Rosalie existait déjà à l’époque, et les meilleurs films muets prenaient soin de justifier chaque image montrée. Quand ce soin disparaît, l’illusion se fissure, hier comme aujourd’hui.

#8

Perso j’adore quand un found footage ose aller jusqu’au bout du délire au lieu de se la jouer petit malin avec la justification narrative. Tkt pas tout doit avoir une explication béton, parfois le fun c’est juste l’immersion brute et l’adrénaline. Après je comprends Rosalie sur la cohérence, mais franchement entre un film qui réfléchit trois ans à qui a monté la bande et un film qui te fout les frissons direct, je prends le deuxième sans hésiter.

#9

jpp vous écrivez des pavés sur des caméras qui tremblent mdr. perso le found footage je trouve ça juste stressant à regarder, genre je préfère largement une série bien écrite où on voit les visages des acteurs clairement. après je comprends le délire immersion mais deux heures de ça, non merci, je préfère binge trois épisodes tranquille.

#10

Franchement @Baz_Franchise_Fan, l’adrénaline sans justification c’est exactement le symptôme que je dénonce, ça marche une fois sur dix et le reste du temps c’est juste de la paresse habillée en audace. Et sérieusement, ce qu’oublie tout le monde ici c’est que les vrais maîtres du genre, Kubrick ou Polanski, obtenaient dix fois plus de malaise sans jamais avoir besoin de secouer une caméra. L’outil n’est pas le problème en soi, c’est qu’il attire les gens qui n’ont pas d’autre idée que lui.

#11

@Miroir_Cathodique je te suis sur Kubrick mais attends, tu compares pas la même ambition ! Carpenter lui-même avait un sens du cadre dément et pourtant c’est pas pour ça que le found footage n’a rien à offrir, genre c’est juste un outil différent avec ses propres règles. Ce qui me frustre c’est quand le dispositif devient prétexte à zéro mise en scène du tout, alors que les meilleurs essais du genre savent quand même composer un cadre dans le chaos apparent ! Et sur le gore, franchement, le found footage bien fait peut être hyper frontal là où le cinéma classique suggérait, c’est pas forcément un défaut ça.

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